VERGER
La taille des fruitiers
Tailler un arbre fruitier est toujours un travail intéressant à réaliser. Et que le débutant se rassure, la pire des choses est de ne pas oser tailler. Il vaut mieux faire des erreurs que laisser en l’état. En effet, l’arbre fruitier abandonné à lui-même continue à produire quelques années, mais les récoltes vont progressivement baisser en quantité et en qualité. L’arbre va perdre son port harmonieux et produire des branches désordonnées, des maladies se développeront, bref on va droit au désastre.
Cinq bonnes raisons pour oser tailler.
La taille pratiquée chaque année en hiver permet de conserver la forme générale de l’arbre fruitier, d’obtenir de beaux fruits de réguler les productions d’une année sur l’autre en évitant l’alternance d’année pleine et d’année creuse, de renouveler le bois jeune capable de fructifier et par voie de conséquence de renforcer la résistance aux maladies. Certaines essences fruitières comme la vigne et le framboisier fructifient sur le bois de l’année. D’autres comme les arbres donnant des fruits à noyaux (pêcher, prunier, framboisier non remontant) donnent sur le bois d’un an, c’est-à-dire ayant poussé au cours du printemps et de l’été de l’année dernière. Enfin les arbres donnant des fruits à pépins (pommier, poirier) fructifient sur du bois de deux ans et plus, c’est-à-dire ayant poussé au moins deux années complètes. La taille aura donc un double objectif : fournir chaque année une génération de branches aptes à donner des fruits et préparer la future génération qui sera apte à fructifier dans un ou deux ans.
Contrôler les flux de sève.
L’activité végétative d’un arbre a toujours tendance à fuir vers les extrémités. C’est surtout vrai sur les formes verticales. Il est donc nécessaire de jouer sur la longueur des rameaux pour attirer ou non la sève. En laissant une tige terminale (appelée tire sève), on favorise l’arrivée des liquides énergétiques qui du coup ne seront pas ailleurs. On peut ainsi influencer le développement des rameaux et des fruits en taillant plus ou moins court. En règle générale on est long à la base de l’arbre et plus court au sommet. Surtout on prend soin d’effectuer une taille harmonieuse, c’est-à-dire équilibrée. Pour cela descendez de l’échelle à plusieurs reprises au cours de la taille pour observer régulièrement l’évolution de votre travail. Vous pourrez alors apporter toutes les corrections nécessaires.
Aider la métamorphose de l’œil à bois en bouton à fruit.
Comme pour les arbres fruitiers à noyaux, les arbres fruitiers à pépins portent des bourgeons de natures différentes. Il y a au premier stade des yeux à bois, petits bourgeons fins, longs, plats et noirs. Comme leur nom le laisse supposer, ils donnent des bois c’est-à-dire de nouvelles tiges censées devenir des rameaux, voir même des branches en tout cas du bois. Ces yeux à bois peuvent évoluer progressivement en devenant après un an un dard. Le bourgeon est toujours pointu mais un peu renflé. Il a une base ligneuse et porte en été 3 à 4 petites feuilles et non une seule comme l’œil à bois. Si l’évolution est favorable le dard donnera l’année suivante un bouton à fruit ou lambourde. Ce bouton franchement rond et trapu, doit donner une fleur qui se transformera en fruit. L’art de la taille consiste donc à disposer sur les 4 à 5 branches charpentières des coursonnes (rameaux latéraux) qui présentent elles-mêmes à la fois des rameaux avec des yeux à bois et dards, et des rameaux pouvant fleurir.Pratique. On entend par taille tri gemme le principe de conserver trois organes et tailler juste au-dessus (par exemple 3 yeux ou bien, un œil un dard et un bouton, ou 2 dards et 1 œil). Plus qu’une règle à respecter systématiquement c’est d’abord un bon repère dans les cas difficiles où le choix n’est pas évident. Autre réflexe, privilégier toujours les boutons à fruits en taillant au-dessus.
A ne pas faire. Tailler par temps trop froid, attention au gel nocturne. Utiliser des outils de coupe sans désinfecter les lames et sans les affûter. Forcer au sécateur sur les grosses sections plutôt que d’avoir recours à la scie égoïne. Ne pas mastiquer les grosses coupes avec un cicatrisant. Négliger le rôle des tires sève aux extrémités des branches.
Tailler pour favoriser la fructification.
On appelle taille en vert une taille légère, de formation ou architecturée sur des arbres encore jeunes. Elle se pratique une fois l’an, au printemps c’est la bonne époque pour donner aux arbres portant des fruits à pépins une montée en sève et multiplier la fructification. Son but est en effet d’éliminer toutes les branches nuisibles qui pompent la sève au détriment du fruit.
Pourquoi et comment tailler. Les exigences des arbres ne sont toutefois pas établies une fois pour toute. Ils sont tous différents même s’il s’agit de la même variété. Il ne faut pas le stresser, ne pas le couper n’importe comment et donc d’abord l’observer pour lui garder une silhouette harmonieuse en essayant de poursuivre la formation en couronne initiée par le pépiniériste. Les arbres haute tige ou basse tige ont été formés par le pépiniériste. Leurs branches de charpente forment un triangle inversé laissant entrer la lumière. Pendant les deux ou trois premières années, ils peuvent pousser sans que l’on intervienne. Après les choses se compliquent. Il faut intervenir en sachant qu’une taille sévère et répétée entraîne la croissance des branches et du feuillage au détriment des fruits puisque les bourgeons à fruits ne peuvent se développer. Un manque de taille est tout aussi désastreux, les branches se multiplient au point d’empêcher l’air et le soleil de pénétrer à l’intérieur de la couronne. De plus, le frottement entre les branches peut créer des blessures qui deviendront des chancres et feront mourir la branche.
Un peu de technique et une bonne méthode. Les branches charpentières ont donné naissance à des rameaux latéraux, il faut éliminer tous ceux qui pointent vers le haut, qui se dirigent vers le centre ou qui croisent une autre branche mieux dirigée. Un développement horizontal entraîne une mise à fruit plus généreuse qu’une conduite verticale. Si les rameaux latéraux ne sont pas éliminés, le centre de la couronne sera trop dense, et ne favoriseront pas la pénétration de la lumière au cœur de l’arbre. La fructification s’effectuera en périphérie de la couronne et non plus sur toute la branche. Pour réussir une bonne coupe, il faut adapter le diamètre à l’espèce et ne pas couper des branches ayant un diamètre supérieur à 5 cm. Les baumes cicatrisants ne peuvent limiter ni réparer les dégâts causés par la coupe de grosses branches. De plus la taille à cette époque de l’année provoque un écoulement important de sève, le faible diamètre de la branche est le gage d’une cicatrisation rapide. Faites une coupe franche avec un outil désinfecté à l’alcool à brûler pour éviter la transmission des maladies d’une plante à l’autre. Il est primordial de couper juste au-dessus d’un bourgeon sain, ni trop près ni trop loin. Taillez en formant un angle de 45 °, pente dirigée vers l’extérieur. Cette coupe en biais permet à l’eau de ruisseler. Respectez le col et la ride situés à la base de la branche afin de favoriser une bonne cicatrisation.
Une autre méthode, recourbez les pousses. Pour amener la fructification on peut aussi opter pour une autre méthode : Arquer les branches les moins vigoureuses et les pousses. On garde la longueur de la branche et on la courbe en sens contraire de l’ascension de la sève (vers le centre) afin d’obliger la sève à remonter dans la branche. Elle est ainsi freinée dans son parcours et transforme les bourgeons à bois en bourgeons à fleurs. Une fois le résultat atteint, on peut couper la branche au point de courbure. Cette méthode s’effectue au printemps ou en été, sur des arbres en pleine végétation. On peut adopter la même technique pour les arbres palissés. Toutes les branchettes peuvent être arquées. Lorsque le bouton à fleurs et formé, on taille juste au-dessus.
Pansez les coupes pour garder vos arbres longtemps. Dernières opérations pour terminer la taille, le parage de la plaie et sa protection. Parer une plaie consiste à rafraîchir ses bords à l’aide d’une serpette. Lisser correctement les bords de la plaie avec cet outil bien tranchant favorise une cicatrisation régulière. Il est aussi très important de protéger les plaies si elles sont importantes, surtout pour les espèces à croissance lente ou particulièrement sensibles à certaines maladies, appliquez un produit cicatrisant. Pour une meilleure efficacité il faut que l’application soit immédiate, que le produit soit adhérent et souple. Dans tous les cas, les baumes cicatrisants ne pourront réparer les dommages causés par la coupe de grosses branches. Victime d’une plaie mal cicatrisée, l’arbre réagit comme un être humain, c’est la porte ouverte aux maladies.
Mai et Juin, la période est cruciale pour les arbres fruitiers.
Entre le début mai et la fin juin tout ce joue au verger. Tandis que les caprices de la météo menacent encore, les parasites surgissent, volent et pondent sur une production fruitière qu’il faut réduire pour mieux la conduire. Tout commence début mai avec les risques de gelées tardives qui peuvent encore tout griller en une ou deux nuits seulement.
Gare à la lune rousse. Comme à chaque printemps la nouvelle lune suivant pâques peut nous réserver de tristes surprises, il s’agit de la fameuse lune rousse. Les chutes de températures peuvent être très fortes surtout au cours des nuits. Dans bon nombre de région on peut même craindre des minimales négatives jusqu’à la mi-mai (saints de glaces). Vous devez être très attentif en surveillant les bulletins météo. Si la menace se précise vous pouvez bâcher les formes palissées avec une vieille toile de jute. Pour les arbres fruitiers de plein vent arrosez en pluie fine l’ensemble des ramures juste le soir. S’il gèle dans la nuit l’eau va glacer et protègera le bourgeon qui sera moins exposé au froid. C’est surprenant mais suffisamment efficace pour être pratiqué par les arboriculteurs professionnels.
Observez la nouaison. La transformation de la fleur en fruit est un instant magique qui intervient pour la plupart des fruitiers au cours du mois de mai et se termine tout début juin. Alors que les premiers pétales des fleurs commencent à peine à tomber on aperçoit le renflement situé sous la base de la fleur qui commence irrésistiblement à gonfler. Les bébés fruits apparaissent distinctement à la chute des derniers pétales. Cette formation des fruits, encore appelée nouaison, est très vite visible sur les poiriers. Bien évidemment vous ne pratiquerez aucun traitement entre l’éclosion des fleurs et l’apparition des derniers bébés fruits.
Il faut éclaircir les poiriers, pommiers et pêchers. Si vous observez soigneusement vos arbres fruitiers, vous devriez repérer une très grande quantité de fruits, presque autant que de fleurs. Ils seront serrés les uns contre les autres, alignés sur les pêchers ou regroupés en grappes sur les pommiers et poiriers. Jamais un arbre ne pourrait supporter pareille production. Mais fort heureusement, la nature étant bien faite, un premier tri spontané intervient au début du mois de juin. Les fruits en surnombre tombent au sol. A vous de les ramasser pour qu’ils n’attirent pas au pied de l’arbre, toutes sortes d’insectes rampants qui grimperaient ensuite dans les branches. Cependant cette chute naturelle est souvent insuffisante, il reste encore trop de fruits regroupés. C’est à vous de juger en ne gardant qu’un fruit par grappe. Cet éclaircissage est indispensable non seulement pour préserver la récolte de l'année, mais aussi celle de l’année suivante. C’est en effet la seule bonne méthode pour éviter une production fruitière alternée un an sur deux. Si l’arbre a trop de fruits à nourrir il sortira épuisé de sa saison. L’année suivante il reconstituera ses forces et ne cherchera pas à produire.
Posez les ceintures de glu. Après le froid et la surproduction la troisième menace vient des parasites. Avec les beaux jours tout ce petit monde devient très actif, il est donc urgent de s’en préoccuper. La première mesure à prendre est la pose de bandes de glu. C’est simple, écologique et terriblement efficace. Il s’agit de ceinturer le tronc d’un arbre fruitier avec une bande de papier plastifié ou de carton assez épais de 15 cm de large environ. Vous engluez la face externe de cette ceinture que vous placez à 1 m du sol. Les insectes rampants, notamment les fourmis qui montent dans les pruniers et pêchers des colonies entières de pucerons, se trouvent ainsi bloquées au sol. Les plus téméraires qui tentent de franchir la barrière restent scotchées. Du coup bon nombre d’ennuis disparaissent.
Surveillez de près les vols. Après les rampants souciez-vous des volants. C’est en mai et juin que bon nombre de papillons effectuent leurs premiers vols et leurs premières pontes. Soyez sur vos gardes et prévenez les dégâts occasionnés par les divers carpocapses des poiriers, pommiers et pruniers et autres petites mineuses.
Les retardataires. Si vous éclaircissez un peu tard des fruits déjà bien formés, vous risquez de traumatiser l’arbre, opérez en deux temps. Commencez par couper les fruits les plus gros en deux à l’aide d’un sécateur. Une semaine plus tard coupez le pédoncule, le choc sera plus progressif.
Sur le pommier gardez le fruit situé au centre de la grappe.
Sur le poirier le plus beau fruit est au bord de la grappe.
Sur le pêcher laissez 7 à 8 cm entre deux fruits conservés.